En Côte d'Ivoire, les violences basées sur le genre en milieux professionnels s'expriment de plus en plus à travers les outils numériques. Les échanges informels avec les travailleuses et travailleurs révèlent une persistance du silence autour de ces violences, et particulièrement lorsqu'elles surviennent en ligne
le contexte actuelle
Cette situation s'inscrit dans un contexte où les pratiques professionnelles évoluent rapidement avec la transformation numérique, tandis que les cadres de prévention et d'orientation peinent à suivre ces mutations. La connaissance des mécanismes de prise en charge et des structures spécialisées demeure limitée, réduisant ainsi l'accès effectif à la protection.
« Lors de nos échanges avec les membres de notre confédération, nous constations une difficulté récurrente de bon nombre de nos à identifier les recours disponibles face aux violences basées sur le genre »,
observe Dofra SEKONGO, membre du comité exécutif de la CISL Dignité qui agrumente en souliant que
« Sans ces informations, les victimes ne pouvaient pas être dirigées vers les bonnes structures d'accompagnement. C'est pourquoi, à l'occasion des 16 jours d'activisme contre les VBG, nous avons mené cette collecte de données couplée à une campagne de sensibilisation ».

Une approche méthodologique innovante
En décembre 2025, à l'occasion des 16 jours d'activisme contre les violences basées sur le genre, la CISL-DIGNITÉ a initié une démarche de recherche-action. L'objectif consistait à documenter les formes de violences vécues par les travailleuses et travailleurs tout en évaluant leur niveau de connaissance des dispositifs d'orientation existants.
Cyriaque GAHA, coordinateur de projet, explique la genèse de cette initiative :
« Nous avions besoin de données probantes pour adapter notre action syndicale aux réalités vécues par nos membres. L'approche traditionnelle de sensibilisation, bien que nécessaire, nous permettait peut de mesurer l'ampleur des besoins et d'identifier les lacunes dans l'accès à l'information et à la protection des travailleuses et travailleurs en cas de VBG. »

Méthodologie retenue pour la collecte
En termes de méthodologie de collecte, l'outil numérique, le questionnaire renseigné via google Form, a été conçu en collaboration entre la coordination du projet, la commission femmes et le Secrétariat national chargé de la communication. Le questionnaire a été diffusé via WhatsApp et Facebook, canaux privilégiés de communication syndicale et professionnelle en Côte d'Ivoire. Le choix du format numérique anonyme répondait à une exigence méthodologique précise : « faciliter l'expression libre en réduisant les contraintes liées au regard social et en garantissant la confidentialité des témoignages », précise Dofra SOKENGO ? Secrétaire national chargé de la communication à CISL Dignité.
Résultats
L'enquête s'est déroulée du 4 au 9 décembre 2025. En six jours, plus de 135 travailleuses et travailleurs ont participé à la collecte de données. Cette participation a permis de rassembler des informations directement issues de l'expérience des répondants, sans influence extérieure.
Témoignages anonymes de survivantes
« Je recevais des messages tous les jours, à toute heure. Même quand je bloquais le numéro, il en utilisait un autre. Ça ne s'arrêtait jamais. »
« Les messages commençaient par des compliments, puis sont devenus insistants, puis menaçants. J'avais peur d'ouvrir mon téléphone. »
« J'ai découvert que des photos privées que j'avais envoyées à une seule personne circulaient dans plusieurs groupes WhatsApp. Je me suis sentie trahie et humiliéeMes collègues avaient tous vu ces images avant moi. Je ne savais plus où me mettre au travail . »
« Mon compte WhatsApp a été piraté. La personne a contacté tous mes contacts pour demander de l'argent en se faisant passer pour moi. »
« Il a publié des mensonges sur moi dans un groupe professionnel où se trouvent mes collègues et mes supérieurs. Ma réputation a été détruite en quelques heures. »
« Elle partageait des captures d'écran de nos conversations privées avec des commentaires moqueurs. C'était diffusé publiquement sur Facebook. »
« J'avais entendu parler de numéros verts, mais je ne les connaissais pas. Et même si je les avais, est-ce qu'ils répondent aux violences numériques ? Est-ce qu'ils peuvent vraiment m'aider ? Ces informations doivent être partagées régulièrement dans nos syndicats, sur nos lieux de travail.

Les résultats révèlent ainsi une forte exposition aux violences et au harcèlement numériques. La grande majorité des répondant-e-s ont déclaré avoir connaissance de situations de violences en ligne , dans leur environnement professionnel ou personnel. Les témoignages anonymes ont décrit diverses formes de violences : harcèlement répété par messages, diffusion d'images sans consentement, piratage de comptes, humiliations publiques et tentatives d'extorsion financière. Ces situations concernent des profils variés, y compris des personnes occupant des fonctions de responsabilité, soulignant que le statut professionnel n'offre pas de protection particulière
L'enseignement le plus significatif concerne l'orientation des victimes. Près de trois quarts (75%) des répondant-e-s indiquent ne pas savoir vers quelles structures se tourner ni quels numéros contacter en cas de violences basées sur le genre. Cette donnée met en évidence un déficit critique de repères opérationnels, malgré les efforts de sensibilisation déployés par la confédération et le gouvernent ivoirien.
Une transformation organisationnelle
Cette initiative a permis à la CISL-DIGNITÉ de faire évoluer son approche de la lutte contre les violences basées sur le genre. L'action syndicale intègre désormais de manière structurée l'écoute active, la collecte de données probantes et l'orientation vers des solutions concrètes.
L'utilisation du numérique a favorisé la participation et la remontée d'informations sensibles. Cette démarche a renforcé la capacité de la confédération à objectiver les risques et à adapter ses messages ainsi que ses mécanismes d'appui.
Les enseignements tirés de l'expérience
Cette initiative démontre qu'une action de prévention gagne en efficacité lorsqu'elle associe sensibilisation et diffusion de repères opérationnels. L'anonymat numérique constitue un levier pertinent pour documenter des violences peu visibles et renforcer la confiance des travailleuses et travailleurs envers les mécanismes syndicaux.
L'expérience souligne également la nécessité d'adapter les outils syndicaux aux usages numériques contemporains afin de maintenir leur pertinence face aux réalités du monde du travail.

Perspectives d'action
À partir de 2026, la CISL-DIGNITÉ prévoit l'intégration systématique d'informations sur les structures spécialisées et les numéros d'assistance dans l'ensemble de ses campagnes. L'organisation développera également des mécanismes numériques de signalement et d'orientation, tout en conduisant régulièrement des enquêtes sur les violences basées sur le genre.
Ces actions visent le renforcement de l'accès à la protection, la consolidation d'une action syndicale fondée sur des données fiables et la contribution à un dialogue social inclusif. Cette démarche s'inscrit en cohérence avec les objectifs de travail décent portés par CNV Internationaal en Afrique de l'Ouest.
Une collaboration au service du changement
Fondée en 1988 et affiliée à la Confédération syndicale internationale, la CISL Dignité constitue une centrale syndicale majeure en Côte d'Ivoire. Elle œuvre pour la défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs, le travail décent et la justice sociale. Partenaire de CNV Internationaal depuis 2009, cette collaboration vise à renforcer les capacités des organisations syndicales et à promouvoir les droits des travailleurs en Côte d'Ivoire.
Cette histoire de changement illustre comment une approche méthodologique rigoureuse, combinée à l'innovation technologique et à une démarche collaborative, peut transformer l'action syndicale et améliorer concrètement la protection des travailleuses et travailleurs face aux violences basées sur le genre.
CNV Internationaal, toujours aux cotés de ses partenaires réaffirme sont engagement à accompagner un monde ou chaque travailleuse et travailleur a accès à un environnement de travail 100% sécurisé et harmonieux pour son développement.
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Regional Coordinator Africa / Focal point Gender
Date de publication 09 02 2026

