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Règlement européen contre le travail forcé : ce que le syndicat attend des partenaires commerciaux

CNV Internationaal appelle l'Union européenne à intégrer les syndicats africains dans la mise en œuvre de son nouveau règlement contre le travail forcé.
 

Drapeau de l'union européenne contre le Parlement européen à Bruxelles

En rappel,

 

Le Règlement (EU) 2024/3015, publié le 12 décembre 2024, interdit la mise à disposition et l'exportation de produits issus du travail forcé sur le marché de l'Union européenne.

  • Champ d'application global : Il concerne tous les produits (agricoles, industriels, etc.), qu'ils soient fabriqués dans l'Union européenne ou importés.
  • Mécanisme d'enquête : Les autorités nationales et la Commission européenne peuvent lancer des enquêtes basées sur des preuves ou des risques élevés de travail forcé.
  • Sanctions : Si une violation est prouvée, les produits doivent être retirés du marché, confisqués ou détruits. Les entreprises peuvent également faire face à des amendes.
  • Protection des lanceurs d'alerte : Le texte modifie la Directive (EU) 2019/1937 pour protéger ceux qui signalent des cas de travail forcé.

Ce règlement entrera pleinement en application en 2027 , laissant le temps aux entreprises d'auditer leurs chaînes d'approvisionnement.

 

Cadre d'application de la Règlement (EU) 2024/3015 en Afrique de l'Ouest

Le travail décent reste une promesse non tenue pour des millions de femmes et d'hommes en Afrique de l'Ouest.

Dans les filières agricoles par exemple,  des travailleuses et des travailleurs produisent des richesses qui alimentent les échanges mondiaux ; souvent sans contrat, sans protection sociale, sans recours effectif face aux abus.  Ces situations sont structurelles et prospèrent précisément là où les mécanismes de contrôle officiels n'atteignent pas. 

Face à cette réalité,le Règlement (UE) 2024/3015 interdit l'accès au marché européen aux produits africains dont la fabrication implique du travail forcé.  

Il faut dire que cette nouvelle réglementation de l'Union européenne représente une opportunité de renforcer le suivi des droits de travail dans les contextes où les législations nationales demeurent insuffisamment appliquées en faveur des travailleuses et des travailleurs et l'Afrique de l'Ouest ne fait pas exception. 

C'est pour cette raison et sur la base  des expériences de ses partenaires syndicaux en Afrique, en Asie et en Amérique latine,   que CNV internationaal  dans ses recommandations a souligné l'importance d'impliquer les organisations syndicales africaines dans la mise en œuvre du Règlement (UE) 2024/3015.

Mais avant, voyons ensemble ce que disent les données de l'Organisation Internationale du Travail sur la question du travail forcé au niveau mondial 

27,6 millions personnes en situation de travail forcé dans le monde
17,3 millionsvictimes dans le secteur privé (agriculture, industrie, travail domestique)
6,3 millionsvictimes dans l'exploitation sexuelle forcée
3,9 millionsvictimes de travail forcé imposé par des États
12 %des victimes sont des enfants
3x plusde risques pour les travailleuses et travailleurs migrant·es
236 milliards $ de profits illicites générés chaque année par le travail forcé

Qu'en est-il de l'Afrique de l'Ouest ?

L'Afrique subsaharienne est l'une des régions les plus exposées.

 Le travail forcé y prend des formes multiples :

  • agriculture de rente sous contrainte économique,
  • travail domestique des filles mineurs,
  • exploitation dans les mines artisanales,
  • endettement forcé dans les filières cacaoyères ou cotonières.

Ces situations s'inscrivent dans des systèmes structurels que les audits d'entreprise ou les contrôles formels peinent à saisir. 

C'est précisément là que les syndicats africains jouent un rôle irremplaçable. Proches des travailleuses et des travailleurs, ancrés dans les réalités locales, ils détectent ce que les mécanismes officiels ne voient pas.

L'espoir avec cette nouvelle réglementation

L'EU Forced Labour Regulation est une avancée majeure dans la responsabilisation des entreprises qui opèrent sur le marché européen. Concrètement, il permet aux autorités de l'Union européenne d'enquêter sur des produits suspectés d'avoir été fabriqués grâce au travail forcé et de les retirer du marché ou de bloquer leur importation. 

Le règlement s'applique à toutes les entreprises, quelles que soient leur taille et leur secteur. Il couvre aussi bien les produits importés que ceux fabriqués sur le territoire européen. 

Pour les pays africains qui exportent vers l'Europe  dans les filières horticoles, textiles, minières, alimentaires ou manufacturières, par exemple,   ce règlement a des implications directes sur les conditions de production.

Ce que le règlement implique concrètement que  :

•          Les exportateurs africains vers l'UE peuvent faire l'objet d'enquêtes sur leurs pratiques de travail.

•           Les entreprises européennes qui s'approvisionnent en Afrique devront renforcer leur diligence raisonnable.

•           Les syndicats africains peuvent jouer un rôle actif dans la remontée d'informations vers les autorités européennes.

Pour la mise en œuvre et le suivi du Règlement (EU) 2024/3015, CNV Internationaal recommande à l'Union européenne 

1- La prise en compte des témoignages des 
travailleuses et travailleurs  comme preuves à part entière dans les enquêtes

Le travail forcé est, par nature, un phénomène invisible. Il se déroule dans des systèmes fermés  :  exploitations agricoles isolées, maisons privées, sites miniers non déclarés , où les victimes ne disposent ni de contrats formels ni de documents attestant leurs conditions de travail.

Dans ce contexte, exiger des preuves documentaires classiques comme condition pour déclencher une enquête revient à protéger les auteurs plutôt que les victimes.

CNV Internationaal recommande donc que les témoignages des travailleuses, travailleurs et organisations syndicales soient pleinement reconnus comme éléments de preuve recevables.

Ces témoignages doivent être complétés par des sources d'information sectorielles : rapports de l'OIT, bases de données de risques par pays et par filière, rapports des organisations de la société civile. 

Ces outils offrent une image plus juste et plus complète des réalités du terrain.

2- l'intégration d'une approche genre systématique dans le suivi de la réglementation

 

Le travail forcé n'affecte pas toutes les personnes de la même manière. Les femmes, les migrantes, les jeunes filles et les travailleuses domestiques sont disproportionnellement exposées. 

En Afrique de l'Ouest, cette réalité est documentée dans plusieurs secteurs :

  • Dans l'agriculture de rente, des femmes travaillent sous contrainte d'endettement ou de dépendance économique vis-à-vis d'un employeur ou d'un intermédiaire.
  • Dans le travail domestique, des filles mineures sont placées dans des ménages sans contrat, sans salaire et sans protection légale.
  • Dans les filières informelles, des femmes commerçantes ou transformatrices sont exposées à des pressions économiques qui limitent leur liberté de travail.

CNV Internationaal recommande que le règlement européen intègre une approche genre systématique : indicateurs de risque différenciés, mécanismes de signalement adaptés aux réalités des femmes, et formation des enquêteurs aux formes genrées du travail forcé.

Les syndicats qui accompagnent les femmes dans la formalisation de leur travail sont des alliés essentiels pour rendre cette approche effective.

3- L'intégration structurelle des syndicats dans les trois piliers  du dispositif

•       Le contrôle : les syndicats doivent pouvoir soumettre des informations aux autorités compétentes, avec des canaux officiels et sécurisés pour le faire.

•       Les enquêtes : les témoignages syndicaux doivent être sollicités et pris en compte dans les procédures d'investigation.

•       L'application : les syndicats doivent être informés des suites données aux signalements et associés aux mécanismes de réparation pour les victimes.

 

En Afrique de l'Ouest, les partenaires organisations syndicales de CNV Internationaal dans les secteurs agricole et services sont déjà engagés dans ce travail de vigilance. Leur reconnaissance officielle dans le cadre du règlement européen représenterait une avancée majeure pour le dialogue social et la justice au travail.

4- Le renforcement des capacités des acteurs 
 

Un règlement ambitieux ne vaut que par sa mise en œuvre. Or, dans de nombreux pays africains,des syndicats et les représentant·es des travailleuses et travailleurs manquent de ressources, de formation et de protection juridique pour documenter les abus, orienter les victimes et interagir avec des dispositifs juridiques complexes.

CNV Internationaal recommande des investissements spécifiques dans le renforcement des capacités des acteurs du Sud, notamment :

  • La formation sur les procédures de diligence raisonnable et les critères du règlement européen.
  • L'accompagnement dans la documentation des violations : collecte de témoignages, conservation des preuves, gestion de la confidentialité.
  • Le développement de mécanismes sécurisés de signalement, adaptés aux contextes locaux et aux niveaux d'alphabétisation et d'accès au numérique.
  • La protection juridique des syndicalistes et lanceurs d'alerte qui s'exposent en signalant des situations de travail forcé.

Sans ces investissements, une large part des situations de travail forcé restera invisible  et le règlement européen ne produira qu'un effet de conformité formelle, sans transformation réelle des conditions de travail en Afrique de l'Ouest.

5- Veiller à  une application adéquate du règlement 

D'ici 2027 ,  l'Union européenne disposera d'un instrument réglementaire inédit pour booster le travail digne et décent pour des millions de personnes dans le monde. Mais un texte réglementaire est certes une avancée, un point de départ, mais pas encore un résultat ! Sa portée réelle dépendra de la qualité de sa mise en œuvre  et de la place accordée aux acteurs qui, au quotidien, vivent et luttent contre le travail forcé sur le terrain.

La CNV Internationaal appelle la Commission européenne à concevoir ce dispositif comme un outil de dialogue social, et non comme un mécanisme purement administratif. Cela suppose d'associer les syndicats, d'investir dans les capacités du Sud, de protéger les victimes et les lanceurs d'alerte, et d'adopter une approche résolument inclusive et sensible au genre.

La vision de la CNV Internationaal à travers ses recommandations

RecommandationImpact attendu
01Accepter les témoignages des travailleurs et travailleuses comme preuves recevablesRendre visibles les violations invisibles aux audits formels
02Intégrer les rapports OIT et les bases de données de risques comme sources complémentairesFiabiliser l'évaluation des situations à risque
03Garantir des mécanismes de signalement anonymes et sécurisésProtéger les lanceurs d'alerte contre les représailles
04Adopter une clause de non-coopération avec seuil de preuve allégéEmpêcher les entreprises de tirer avantage de leur opacité
05Intégrer une approche genre et inclusive dans tous les mécanismesRépondre aux vulnérabilités spécifiques des femmes et des migrant·es
06Investir dans le renforcement des capacités des syndicats du SudRendre les syndicats africains acteurs effectifs du dispositif

 

 

 

L'ENGAGEMENT DE CNV INTERNATIONAAL EN AFRIQUE

 

 

 

 

 CNV Internationaal accompagne des syndicats partenaires au Bénin, en Côte d'Ivoire, au Mali, au Niger et au Sénégal dans la promotion du travail décent, du dialogue social et de l'égalité de genre. Cette recommandation à la Commission européenne s'inscrit dans une approche cohérente : lier plaidoyer international et renforcement des organisations de travailleurs et travailleuses sur le terrain.

 

Pour en savoir plus, 

Consultez les recommandations complètes soumises par CNV Internationaal à la Commission européenne pour la mise en œuvre de l'EU Forced Labour Regulation sur le portail officiel de la Commission européenne. 

De nouveaux modules IMVO gratuits pour les entreprises

Un exemple est le module IMVO gratuit de la future "Alliance pour des vêtements, des textiles et des chaussures durables". Dans le cadre de cette alliance, INretail, MODINT, FNV, Mondiaal FNV, CNV Internationaal et plusieurs autres partenaires collaborent avec des entreprises pour gérer les risques dans la chaîne de production internationale. La coordination est assurée par le Conseil économique et social (SER).

Plus d'informations et inscription.

Date de publication 16 03 2026