SENEGAL- Quand le Dialogue social améliore le respect des droits et des conditions de trav...À COGECA/KIRENE, 396 travailleuses et travailleurs bénéficient du dialogue social et de la création du premier syndicat de l'entreprise
Situation de départ
Avant 2025, plus de la moitié du personnel était composé de travailleurs journaliers. À certaines périodes, l'entreprise comptait plus de 150 journaliers, contre un nombre réduit de travailleurs sous contrat permanent. Les mécanismes de représentation des travailleurs n'étaient pas formalisés et la communication avec la direction était difficile, quasi inexistante. Les travailleurs ne disposaient d'aucun cadre reconnu pour dialoguer avec les responsables ou porter leurs revendications alors que leur environnement de travail présentait des risques élevés.
Dans la carrière des explosions régulières ont lieu afin d'extraire les matériaux, libérant des particules qui se diffusent dans l'air. Les allées et venues constantes des camions lourds génèrent une poussière permanente. Cette exposition à la poussière industrielle et aux substances nocives affecte directement la santé des travailleurs, sans que les mesures de prévention et de protection soient suffisamment prises en compte.

L'obstacle structurel principal résidait dans l'absence d'espaces de dialogue et de mécanismes de négociation collective. Sans représentation formelle, les travailleurs ne pouvaient exercer leurs droits fondamentaux liés à la liberté syndicale et à l'organisation collective, garantis par les conventions n°87 et n°98 de l'Organisation Internationale du Travail.
Cette situation générait des incompréhensions récurrentes, limitait l'amélioration des conditions de travail et fragilisait le climat social. Les travailleurs journaliers, en particulier, restaient dans une situation de précarité sans perspective d'évolution professionnelle ou de protection sociale adéquate.
" Avant, c'était compliqué , pour voir même le responsable des ressources humaines , c'était difficile, n'en parlons pas, lui exposer nos soucis"
L'intervention

Dans le cadre du programme TUCP (Trade Union Co-financing Programme) 2025, l'Union Démocratique des Travailleurs du Sénégal ont engagé un processus de dialogue constructif avec la direction générale de COGECA/KIRENE.
L'intervention s'est articulée autour de trois axes complémentaires :
- Premièrement, des formations ciblées en dialogue social et en techniques de négociation ont été dispensées aux travailleurs et à leurs représentants. Ces sessions ont renforcé leur compréhension des normes internationales du travail, notamment les conventions fondamentales n°87 et n°98 de l'OIT, et des mécanismes de négociation collective.
- Deuxièmement, un travail de lobbying et de plaidoyer a été mené auprès de l'employeur pour sensibiliser aux bénéfices mutuels du dialogue social structuré. Les échanges ont mis l'accent sur l'importance de relations professionnelles équilibrées pour la productivité et la stabilité sociale de l'entreprise.
- Troisièmement, l'UDTS a accompagné activement la structuration de la représentation des travailleurs, en créant un cadre propice à l'émergence d'une organisation syndicale légitime et reconnue : le SUTIMEXS (Syndicat Unique des Travailleurs des Industries Minières, Extractives et du Sable), affilié à l'UDTS.
LA TRANSFORMATION
"C'est en 2025 que les choses ont commencé à bouger pour nous. Beaucoup de choses ont changé après la formation qu'on a reçue"

La direction a autorisé la création du Syndicat Unique des Travailleurs des Industries Minières, Extractives et du Sable (SUTIMEXS) en 2025. Le SUTIMEXS s'est alors automatiquement affilié à l'Union Démocratique des Travailleurs du Sénégal.
Quatorze membres ont été élus, dont sept titulaires et sept suppléants, formant le collège des délégués du personnel.
Un cadre formel de négociation a été ouvert, portant sur les conditions de travail, la revalorisation des salaires et la santé-sécurité au travail. La communication avec la direction a progressé, principalement via le responsable des ressources humaines, marquant une rupture avec l'isolement antérieur des travailleurs.
Le syndicat a structuré les revendications autour du respect des statuts, des droits et des conditions de travail. Il agit désormais comme un espace de médiation, de protection et d'accompagnement des travailleurs face aux risques professionnels et aux enjeux de traitement équitable.
"Pour la première fois dans l'histoire de l'entreprise, des élections de délégués du personnel ont été organisées, nous avons choisi ceux en qui nous avons confiance pour nous représenter".
Ce qui a changé pour nous aujourd'hui
L'entreprise ne compte plus que 27 travailleurs journaliers, contre plus de 150 auparavant.
La direction a annoncé leur intégration prochaine comme permanents.
Demba Ndiaye Biavogui, coordonnateur du collège des délégués du personnel de COGECA/KIRENE et
Secrétaire Général du SUTIMEXS, témoigne :
Depuis la mise en place du syndicat, la communication a progressé. Des échanges existent désormais, principalement via le responsable des ressources humaines.C'est quand même un pas en avant."
Les 396 travailleurs, dont les 4 femmes de l'entreprise, bénéficient désormais d'un cadre de dialogue structuré et de mécanismes de représentation formels. Le climat social s'est apaisé, créant des conditions plus favorables au dialogue constructif et à l'amélioration progressive de la productivité.
Sur les enjeux de santé et sécurité au travail, il précise :
"Les travailleurs exercent leurs activités dans une zone fortement exposée à la poussière industrielle et aux substances nocives. Les mesures de prévention et de protection restent insuffisamment prises en compte par la direction. Nous avons intégré ces risques dans nos négociations."
Cette amélioration résulte à la fois d'initiatives engagées par l'entreprise avant la création du syndicat et de la dynamique portée par l'organisation syndicale. Le syndicat a renforcé la vigilance collective et a structuré les revendications légitimes autour du respect des statuts, des droits et des conditions de travail.

L'UDTS assure activement le suivi de ce processus
Moussa Diop, Cordinateur de programmes et projets à l'UDTS , explique les missions de l'organisation en ces termes :
"Notre appui vise à renforcer le dialogue social et à créer des canaux de communication plus efficaces entre les travailleurs et la direction. Grâce aux actions de lobbying et de plaidoyer menées dans le cadre du programme TUCP, nous avons redonné l'espoir aux travailleurs de COGECA/KIRENE de travailler dans une entreprise où leurs droits sont respectés. "
L'accompagnement ne fait que commencé
Il existe toujours des défis à relever :
Le statut de travailleur permanent ne garantit pas encore un traitement pleinement conforme aux normes de l'OIT. Des écarts subsistent sur les conditions de rémunération, la reconnaissance des droits et la protection effective des travailleurs.
L'accès direct aux instances décisionnelles supérieures demeure limité. Les représentants syndicaux expriment le souhait d'un dialogue plus direct avec la direction générale afin de traiter les questions structurelles de manière durable.
Concernant la participation des femmes, le syndicat reconnaît que les quatre femmes de l'entreprise adhèrent au syndicat et participent aux cotisations, mais qu'aucune n'a été élue représentante.
Retenons que
Cette expérience démontre que le dialogue social, lorsqu'il est bien accompagné et structuré, constitue un levier durable pour améliorer les conditions de travail et renforcer les droits des travailleurs.
À moyen terme, l'implantation du SUTIMEXS à COGECA/KIRENE consolide la présence et la crédibilité de l'Union Démocratique des Travailleurs du Sénégal dans le secteur minier et extractif sénégalais. Elle crée un précédent positif pour d'autres entreprises du secteur et démontre les bénéfices mutuels du dialogue social pour les travailleurs comme pour les employeurs.
À long terme, cette histoire de changement ouvre la voie à une extension de l'approche à d'autres secteurs. Entre 2026 et 2030, l'UDTS et CNV Internationaal entendent promouvoir le travail décent dans les coopératives et les entreprises du sous-secteur de l'horticulture, en portant une attention particulière à la représentation des travailleurs et au dialogue social au sein des chaînes de valeur.
Le potentiel de transformation systémique réside dans la capacité à dupliquer ce modèle : renforcement des capacités syndicales, plaidoyer ciblé auprès des employeurs, création d'espaces de négociation reconnus et intégration progressive des enjeux d'égalité de genre. Cette approche partenariale, ancrée dans les normes internationales du travail et portée par des organisations syndicales fortes, peut contribuer durablement à la construction d'un monde du travail plus juste, plus inclusif et plus digne au Sénégal.
Travaillons ensemble
CNV International s'engage à promouvoir le dialogue entre travailleurs, entreprises, organisations sociales et gouvernements. Nous aspirons à un monde où chaque travailleuse et travailleur bénéficie d'un environnement de travail sécurisé et propice à son épanouissement professionnel.
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Francisca van Dusseldorp : f.vandusseldorp@cnv.nl
Regional Coordinator Africa / Focal point Gender
Date de publication 24 02 2026

