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Indice 2026-Que dit la CSI sur le suivi des droits des  travailleurs en Afrique de l'Ouest ?

l'Indice révèle que les droits des travailleurs restent sous pression en 2026

La treizième édition de l'Indice CSI des droits dans le monde dresse un tableau préoccupant de la situation des travailleurs à l'échelle mondiale. Pour les pays d'Afrique de l'Ouest où CNV Internationaal mène ses programmes, le rapport confirme des défis persistants en matière de dialogue social, de liberté syndicale et de travail décent et révèle des dynamiques qu'il est urgent de ne pas ignorer.

Le contexte mondial se dégrade

Publiée chaque année par la Confédération Syndicale Internationale (CSI), l'édition 2026 de l'Indice des droits dans le monde couvre 151 pays et documente les violations des droits collectifs au travail commises par des gouvernements et des employeurs. Selon ce rapport, le droit de grève a été violé dans 87 % des pays couverts, le droit de négociation collective dans 80 %, et un nombre record de travailleurs dans 75 pays  ont été arrêtés ou placés en détention pour leurs activités syndicales. Selon la CSI, les libertés d'expression et de réunion sont de plus en plus restreintes à l'échelle mondiale, avec une hausse de cinq points de pourcentage des violations par rapport à 2025.

Selon l'Indice 2026, l'Afrique est la troisième pire région au monde pour les travailleurs, avec une note moyenne de 3,91 sur 5. Dans 93 % des pays africains couverts, le droit de grève a été violé ; dans 95 %, le droit de négociation collective ; et dans 93 %, le droit de constituer des syndicats et de s'y affilier. En Afrique de l'Ouest, les pays que CNV Internationaal accompagne à travers ses programmes,  Bénin, Togo, Burkina Faso, Sénégal, Côte d'Ivoire et Mali apparaissent tous dans le rapport, avec des situations qui méritent une attention particulière.

Le dialogue social est un droit formel

L'un des défis les plus saillants relevés par l'Indice 2026 pour l'Afrique de l'Ouest concerne le dialogue social. Plusieurs pays de la région disposent d'instances tripartites officielles, mais leur fonctionnement effectif demeure très limité.

Au Togo, selon l'Indice CSI 2026, les principales fédérations syndicales ont publiquement demandé en janvier 2026 la relance du Conseil National du Dialogue Social (CNDS), paralysé depuis plusieurs mois. Dans leur appel, elles soulignent que cette inactivité prive les partenaires sociaux de toute plateforme pour présenter et négocier leurs revendications, et compromet la résolution de conflits majeurs comme la hausse du coût de la vie et la dégradation des conditions de travail. Selon le même rapport, les fédérations syndicales togolaises ont également critiqué le rattachement du ministère du travail à la Présidence du Conseil des Ministres, qu'elles estiment affaiblissant pour le rôle du ministère dans la facilitation du dialogue.

Au Bénin, toujours selon l'Indice CSI 2026, dans de nombreux secteurs publics et parapublics, les conventions collectives ne sont tout simplement pas respectées. Le pays figure parmi ceux où, malgré l'existence d'instances de concertation, les avis des syndicats sont régulièrement ignorés dans la pratique des réformes du droit du travail.

Au Burkina Faso et au Sénégal, selon le même rapport, des comportements de mauvaise foi de la part d'employeurs, entre autres, retards dans les négociations, refus de négocier, mesures unilatérales, sont documentés. Ces pratiques sapent la confiance dans les mécanismes tripartites et affaiblissent durablement la culture du dialogue social.

Pour CNV Internationaal, dont le programme Dialogue@Work vise à renforcer les institutions de dialogue social dans ces pays, ces données confirment l'importance et l'urgence de l'accompagnement structurel des partenaires syndicaux et des institutions nationales compétentes.

Les entraves et répressions à liberté syndicale

La liberté de constituer des syndicats, de s'y affilier et d'y exercer des activités est un droit fondamental garanti par les Conventions nos 87 et 98 de l'Organisation Internationale du Travail (OIT). Pourtant, selon l'Indice CSI 2026, dans 75 % des pays africains couverts, ce droit est violé sous une forme ou une autre.

En Côte d'Ivoire, classée en catégorie 3 , ce qui correspond à des violations régulières des droits , selon l'Indice , un responsable du Mouvement des Enseignants pour la Dynamique de la Dignité (MEDD) a été arrêté à son domicile par des hommes masqués quelques jours avant une grève légalement déposée en avril 2025. Interrogé sans avocat, il a été condamné à deux ans d'emprisonnement pour avoir organisé une action collective et « gêné le bon fonctionnement du service public ». Selon le rapport, le gouvernement ivoirien a déclaré la grève illégale, en violation de la Constitution du pays.

Au Togo, l'Indice affirme qu’en octobre 2025, trois fédérations syndicales : le Groupe des Syndicats Autonomes (GSA), la Synergie des Travailleurs du Togo (STT) et l'Union Nationale des Syndicats Indépendants du Togo (UNSIT) - n'ont pas pu tenir une assemblée générale à Lomé. Les dirigeants syndicaux ont été convoqués le jour même de la réunion par le préfet et le directeur des libertés publiques, qui ont exigé des certificats d'enregistrement et invoqué une modification de 2011 de la loi sur les réunions publiques pour justifier l'interdiction.

Au Mali, la  CSI explique  le cas de Cheick Oumar Diallo, ancien employé de la Société malienne de gestion de l'eau potable (SOMAGEP). En octobre 2025, le camarade, déjà arrêté en 2024 pour avoir critiqué la qualité de l'eau, a été blessé et enlevé en public par des individus se faisant passer pour des policiers. Placé au secret dans un lieu inconnu au moment de la rédaction du rapport, son cas est présenté par la CSI comme emblématique d'un climat de répression par disparitions forcées et violations des droits humains.

En Guinée-Bissau, selon le même rapport, un coup d'État militaire survenu en novembre 2025 a conduit à l'interdiction immédiate de toutes les manifestations et grèves, à des attaques contre les dirigeants syndicaux et à la suspension de débats radiophoniques sur des questions syndicales. La CSI place ce pays sur la liste des pays à surveiller, avec un risque de glissement vers la catégorie 5 , celle où les travailleurs ne bénéficient d'aucune garantie de leurs droits. 

Qu’en est-il des travailleurs agricoles et informels ?

Dans les pays où nous intervenons en Afrique, une large part de la main-d'œuvre évolue dans le secteur agricole ou l'économie informelle. Les travailleurs domestiques, les travailleurs temporaires, ceux de l'économie informelle et de l'agriculture sont dans la plupart des cas, oublié de la portée de la législation du travail, ce qui les prive de toute représentation syndicale et de tout recours en cas de violation de leurs droits.

Ce constat résonne avec les missions de CNV Internationaal dans le secteur de l'anacarde en Côte d'Ivoire, de la mangue au Mali, et de l'horticulture au Sénégal. Les travailleurs saisonniers de ces filières, parmi lesquels une majorité de femmes, restent parmi les plus exposés aux abus : salaires impayés, absence de protection sociale, conditions de travail précaires, et impossibilité de facto de s'organiser collectivement.

À titre d'illustration,  l'Indice 2026 indique  la multinationale Fyffes, active dans la filière bananière au Honduras  a refusé de signer une convention collective malgré des années de mobilisation des travailleurs saisonniers, contestant la légitimité du syndicat concerné et multipliant les manœuvres dilatoires. Ce type de comportement de la part d'entreprises multinationales actives dans des filières agricoles constitue un signal d'alarme pour les programmes de dialogue social. CNV Internationaal promeut le dialogue social bipartite et/ou tripartite  tout au long des chaines de valeur agricole , pilier de l’économie ouest africain

Santé et sécurité au travail reste un droit peu garanti

La santé et la sécurité au travail reste une dimension insuffisamment protégée dans les pays d'Afrique de l'Ouest couverts par l'Indice. Selon cette même source, l'absence de représentation syndicale effective aggrave les risques pour les travailleurs : lieux de travail dangereux, absence de mécanismes de signalement, et représailles contre ceux qui dénoncent des conditions inadéquates.

En Côte d'Ivoire, les travailleurs de la santé du secteur public attendaient depuis trois ans, au moment de la rédaction de cet Indice 2026, la conclusion d'une convention collective, à la suite d'une grève de 2023 portant sur les salaires et les conditions de travail. Cette situation illustre combien l'absence de dialogue social fonctionnel a des répercussions directes sur les conditions d'exercice des professionnels de santé et, par extension, sur la qualité des soins dispensés aux populations.

Dans ce contexte, la Convention C190 de l'OIT sur la violence et le harcèlement au travail, dont CNV Internationaal soutient la ratification dans la région, constitue un outil de protection supplémentaire essentiel, particulièrement pour les travailleurs des secteurs agricoles et des services publics.

La négociation collective, le maillon manquant

Selon la CSI, dans 80 % des pays couverts, le droit de négociation collective a été restreint ou n'existait pas dans les faits. Pour l'Afrique de l'Ouest, cela se traduit par plusieurs situations concrètes qui ont été documentées.

En Côte d'Ivoire, les travailleurs de la santé du secteur public n'ont toujours pas obtenu de convention collective trois ans après leur grève. Au Bénin,  des conventions collectives existent dans certains secteurs mais ne sont pas appliquées.

Les syndicats sont souvent absents des processus de réforme de la législation du travail, soit parce que les instances de dialogue social ne fonctionnent pas, soit parce que leurs avis sont ignorés. Cette réalité renforce la pertinence du travail de plaidoyer institutionnel que nous menons aux côtés de nos partenaires syndicaux, notamment en appui aux négociations sectorielles dans les filières agricoles et dans le secteur du bâtiment et des travaux publics.

Ce que ces données signifient pour la mission de CNV Internationaal en Afrique 

Les données de l'Indice CSI 2026 confirment que les pays d'Afrique de l'Ouest où CNV Internationaal est actif font face à des défis structurels entre autre, dialogue social formel mais peu opérationnel, liberté syndicale entravée dans la pratique, travailleurs agricoles et informels sans protection effective, et conventions collectives insuffisamment appliquées.

Ces constats donnent une résonance supplémentaire aux programmes que CNV Internationaal déploie dans la région, qu'il s'agisse du renforcement des capacités syndicales, de l'appui au dialogue social sectoriel, de la promotion du travail décent dans les chaînes d'approvisionnement agricoles, ou du plaidoyer pour la ratification et la mise en œuvre des conventions fondamentales de l'OIT.

Ils rappellent aussi que le chemin vers le travail décent passe nécessairement par des organisations syndicales fortes, indépendantes et reconnues capables de négocier, de représenter et de défendre les travailleurs les plus vulnérables .

En rappel, CNV Internationaal est une organisation néerlandaise de coopération syndicale au développement. Active dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, elle soutient des partenaires syndicaux dans les domaines du travail décent, du dialogue social, de la liberté syndicale et de la défense des droits des travailleuses et des travailleurs. Avec le Programme de Cofinancement syndical en cours, la CNV Internationaal intervient pour le travail décent dans les chaînes d'approvisionnement agricoles.

 

 

Date de publication 05 06 2026