Deuxième culture d'exportation du Bénin
Deuxième culture d'exportation du Bénin, la filière anacarde représente un pilier essentiel de l'économie nationale et une source de revenus vitale pour des centaines de milliers de producteurs et de travailleurs ruraux. Conscients du potentiel de ce secteur et des enjeux sociaux qu'il porte, nous avons commandité une étude approfondie sur l'état du dialogue social, de la conduite responsable des entreprises et du travail décent dans la filière anacarde au Bénin.

Le Bénin s'est imposé comme l'un des principaux producteurs de noix de cajou en Afrique de l'Ouest. Lors de la campagne agricole 2023-2024, la production nationale a atteint 203 844 tonnes, soit une progression de 9 % par rapport à l'année précédente , témoignant d'une dynamique de croissance soutenue. La filière génère environ 200 000 emplois, majoritairement en milieu rural, et représente une source majeure de devises pour l'économie nationale.
Ces résultats ne sont pas le fruit du hasard. Le gouvernement béninois a engagé, au fil des années, des réformes structurantes pour valoriser cette filière. Le Plan Stratégique de Développement du Secteur Agricole (PSDSA), le Plan National d'Investissements Agricoles et de Sécurité Alimentaire (PNIASAN) et plusieurs partenariats public-privé ont contribué à moderniser la filière, à améliorer la qualité de la production et à renforcer les capacités des acteurs locaux. Des organisations interprofessionnelles structurent progressivement la chaîne de valeur, et des initiatives de traçabilité et de certification, Fair Trade, Rainforest Alliance, commencent à se déployer pour répondre aux exigences croissantes des marchés internationaux.
Des partenaires techniques et financiers, aux côtés du gouvernement, ont également soutenu des projets de développement communautaire, de formation des producteurs et de promotion de la transformation locale, avec la contribution notamment de l'ONG Nitidae (anciennement RONGEAD) et d'organisations internationales actives dans la chaîne d'approvisionnement
Défis sociaux
Si les avancées économiques du secteur sont réelles, l'étude met en lumière des défis sociaux persistants qui méritent une attention structurée et concertée de l'ensemble des parties prenantes.
La filière anacarde mobilise une main-d'œuvre majoritairement rurale, peu qualifiée, à dominante saisonnière. 64 % des travailleurs sont issus de la main-d'œuvre familiale, et les salariés permanents ne représentent que 3 % des effectifs. Les femmes, bien que très présentes dans les activités de transformation et de commercialisation, restent peu représentées dans les postes de production (10 % des producteurs) et font face à des inégalités persistantes d'accès aux opportunités et à la rémunération.
Les conditions de travail, notamment dans les plantations et les unités de transformation artisanale, présentent des risques réels : exposition aux pesticides et intrants chimiques, risques de brûlures lors du décorticage des noix, horaires intensifs en période de récolte, accès limité aux équipements de protection individuelle. Si le SMIG béninois est fixé à 52 000 francs CFA par mois, les arrangements locaux propres au secteur informel génèrent des variations significatives, laissant certains travailleurs en dehors du filet de protection légale.
La question du travail des enfants , encore présente dans certaines zones de production , et celle du travail forcé, souvent invisible, constituent des enjeux sensibles que l'étude documente avec rigueur, tout en reconnaissant les initiatives déjà engagées pour y remédier : campagnes de sensibilisation, politiques gouvernementales d'interdiction, projets d'accès à l'éducation dans les régions productrices.

Acquis et marges de progression
Le Bénin dispose d'un cadre juridique reconnu en matière de droit du travail et de dialogue social, et d'une architecture institutionnelle active : Conseil national du dialogue social, instances tripartites, organisations syndicales. Des mécanismes de concertation sectoriels existent dans la filière anacarde : organisations professionnelles de producteurs, dialogues tripartites avec l'État, comités sectoriels, plateformes interprofessionnelles. Ces structures témoignent d'une volonté partagée de structurer la gouvernance sociale du secteur. Cependant, l'étude relève que le dialogue social reste encore fragile à plusieurs égards :
- la représentation des travailleurs informels et saisonniers y est insuffisante,
- les mécanismes de résolution des conflits sont peu formalisés et,
- la connaissance des droits reste limitée parmi les acteurs de base de la chaîne de valeur.
La Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), bien que connue, demeure principalement l'apanage des entreprises exportatrices, souvent liées à des marchés internationaux exigeants en matière de conformité sociale et environnementale.
C'est précisément pour apporter un éclairage sur ces dynamiques, et identifier des leviers d'action, que nous avons engagé la présente étude.
Une contribution au service du plaidoyer
Conduite par David Affodjou, Inspecteur du Travail, Juriste et Chercheur en droit social, l'étude « État des lieux du dialogue social pour la conduite responsable des entreprises et le travail décent dans le secteur anacarde au Bénin » constitue la première analyse systématique et documentée de ces thématiques dans la filière cajou béninoise. Elle mobilise des sources institutionnelles diversifiées ; OIT, Direction de la Statistique Agricole, Chambre de Commerce et d'Industrie du Bénin, Ministère de l'Agriculture et s'appuie sur un questionnaire de terrain auprès des acteurs de la chaîne de valeur : producteurs, transformateurs, exportateurs, syndicats et autorités publiques.
Ce que l'étude apporte
Au-delà du diagnostic, l'étude offre plusieurs apports analytiques structurants :
- Une cartographie des acteurs et parties prenantes de la filière, avec une analyse SWOT de leurs forces, faiblesses, opportunités et menaces.
- Un état des lieux du cadre réglementaire applicable au secteur : textes supranationaux, lois nationales, réglementation sectorielle, conventions OIT ratifiées par le Bénin.
- Une analyse des conditions de travail , salaires, sécurité, durée du travail, travail des enfants ancrée dans des données récentes de la Direction de la Statistique Agricole (2024).
- Un bilan des pratiques RSE dans la filière et de leur impact mesurable sur la performance et la compétitivité des entreprises.
- Un état des forces et faiblesses du dialogue social, avec identification des obstacles structurels à un dialogue plus inclusif et efficace.
Recommandations

L'étude formule huit recommandations construites dans un esprit de partenariat entre tous les acteurs :
- Renforcer le dialogue social sectoriel en créant des comités de dialogue permanents et formalisés, réunissant employeurs, travailleurs, syndicats et autorités.
- Renforcer et appliquer la législation du travail en harmonisant les normes nationales avec les standards internationaux et en renforçant les mécanismes d'inspection.
- Initier un avant-projet de convention collective sectorielle spécifique à la filière anacarde, pour garantir un cadre réglementaire adapté aux réalités du secteur.
- Appuyer les responsables d'entreprises dans la mise en place des organes internes de dialogue social et l'élaboration de documents de gouvernance RH.
- Mener des campagnes de sensibilisation et de formation sur les droits des travailleurs, la RSE et les bonnes pratiques de dialogue social, à destination de tous les acteurs de la chaîne.
- Promouvoir la RSE comme levier de compétitivité, d'accès aux marchés internationaux et de durabilité à long terme pour les entreprises du secteur.
- Renforcer les capacités des syndicats pour qu'ils puissent représenter efficacement les travailleurs, y compris dans les segments informels et saisonniers de la filière.
- Créer un mécanisme de suivi et d'évaluation des progrès accomplis en matière de dialogue social et de travail décent dans la filière.
Une démarche inscrite dans la vision de CNV Internationaal pour l'Afrique de l'Ouest
Cette publication s'inscrit dans l'engagement structurel de CNV Internationaal pour la promotion du travail décent et de la conduite responsable des entreprises dans les filières agricoles d'Afrique de l'Ouest. À travers le programme Dialogue@work et le programme TUCP 2026–2030, CNV Internationaal accompagne ses partenaires syndicaux et institutionnels dans cinq pays de la sous-région , Bénin, Côte d'Ivoire, Mali, Niger et Sénégal sur les thématiques du dialogue social inclusif, de l'employabilité des jeunes, de l'égalité de genre et de la responsabilité sociétale des entreprises.
Le rapport sur la filière anacarde au Bénin rejoint ainsi une série d'analyses sectorielles comparables dans la région, dont les états des lieux sur le dialogue social dans le secteur horticole au Niger et au Sénégal. Ensemble, ces travaux constituent un socle documentaire commun pour orienter les plaidoyers syndicaux, soutenir les réformes législatives et nourrir les programmes d'accompagnement à venir.
« Cette étude est avant tout une contribution au dialogue. Nous saluons les efforts engagés par le Bénin, ses partenaires sociaux et les entreprises du secteur. Notre ambition, à travers ce travail, est d'offrir des outils supplémentaires pour avancer ensemble vers un secteur anacarde plus juste, plus inclusif et plus durable. »
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Le rapport complet
Auteur : David Affodjou Inspecteur du Travail | Juriste et Chercheur en Droit social | Directeur Exécutif du CREDSOSHU
Commanditaire : Bureau Conseil de Projets Afrique (BCPA)/ CNV Internationaal
Lieu : Cotonou, Bénin
Programme: Dialogue@work 2021–2025
Date de publication 22 06 2026


